Agapé Substance, une oeuvre – presque – aboutie

OEUVRE. Au commencement était l’assiette, cette toile blanche offrant sa virginité à l’artiste en besoin de créativité.  À ce support livré à nu, le chef y apporte sa propre touche, celle du produit. Matière première qui définira la tonalité de l’œuvre, cette gouache vivante vient donner relief, texture, couleurs et saveurs pour atteindre une finalité non dissimulée : susciter l’admiration du public.

Cette recherche de l’émotion et de la surprise, c’est au cœur du quartier des antiquaires et des galeries d’arts que les gastronomes viennent la trouver depuis presque un an. Au numéro 66 de la rue Mazarine, plus précisément.

Derrière les portes fumées où sont affichées les lettres Agapé Substance, David Toutain, l’artiste en pleine ascension, a pris possession d’un atelier où l’art a trouvé un nouveau sens. Ce soir là, celui que beaucoup considère comme un génie recevait quelques personnalités étoilées au fort accent Outre Atlantique. La réputation du maître a depuis longtemps dépassé les frontières. En salle, Laurent Lapaire, son associé, accueille et charme les convives pour mieux encore les préparer à la découverte.

Dans sa cuisine qui prolonge la seule et unique tablée, David Toutain dresse les assiettes tel un peintre qui prépare sa toile, disposant avec soin ses produits qu’il affectionne tant. Du vert, du jaune, du bleu, il joue avec l’intensité des couleurs et des saveurs. Point de pinceau au bout des doigts mais une méticulosité qui lui permet de construire ses tableaux avec un grand sens du détail.

Dans la salle, le public admire, scrute, analyse et goûte chaque toile qui lui est présentée, le plus souvent avec délectation. Les sens sont grands ouverts, les convives en redemandent. Et David aime ça.

Retour en cuisine où ça chauffe, ça bouillonne. L’homme vit un moment de grande intensité, comme il les aime. Sous la pression, sous la demande. Les plats volent et virevoltent, s’enchaînent et se déchaînent. Céleri, Topinambour, Cochon, Tourteau, St Pierre, Cardamine… aucun ingrédient de saison n’est laissé au hasard.

Mais à force de vouloir trop laisser cette créativité prendre forme, on en perd le fil. Les toiles sont superbes, abouties, d’une grande technicité mais qui dans leur intensité ont tendance à reléguer les émotions au second plan. Certes, les palais sont séduits mais l’œuvre dans son entièreté manque d’une touche supplémentaire de sentiments à l’état brut et de poésie pour que le public reparte pleinement conquis. Quant à l’environnement sonore, nul doute qu’il détient une part de responsabilité.

A l’image d’un tableau devant lequel on passe des heures seul dans une galerie d’art, j’aurais aimé pouvoir vivre cette sensation et sentir cette bulle d’émotion monter en moi.

Être touchée, voilà juste ce qu’il m’a manqué pour que ce dîner soit parfait. Le reste l’était. A suivre.

Agapé Substance
66 rue Mazarine
75006 Paris
01 43 29 33 83

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