Kamal Mouzawak, dessine moi un rêve

UNIVERSEL. Depuis la création de ce blog et à travers les multiples rencontres et expériences qu’il m’a apportées, le concept de la cuisine comme langage universel devient de plus en plus fort. L’idée d’une table commune, où chacun oublie ses différences, est devenue le leitmotiv de mes rédactions et mes inspirations, imaginant – naïvement peut-être – que la cuisine peut devenir une espace de paix et de partage auquel nous aspirons tous quelque part dans notre vie.

A l’image du Petit Prince qui demande à ce qu’on lui dessine un mouton, j’ai envie qu’on me dessine un monde meilleur. Un monde dans lequel on parvient tous à s’apprivoiser et où les choses aussi précieuses qu’une rose ou qu’une épice gardent leurs éternelles saveurs.


Un jeudi de juillet, au fond d’une cour entourée d’ateliers de design, Kamal Mouzawak, amoureux de la cuisine et propriétaire du restaurant Tawlet à Beyrouh m’a dessiné ce rêve de partage et d’amour. Récit d’un déjeuner plein d’espoir.

Je viens d’un pays étonnant où le concept de l’autre n’existe pas. La couleur de cheveux, de la peau, la religion, etc. tout s’équilibre parfaitement. Le Liban est devenu un pays de paradoxe où tout le monde a sa place, de la femme voilée à des jeunes faisant preuve d’excentricité. Nous vivons dans une schizophrénie permanente.

Partant de ce constant, j’ai voulu célébrer les ressemblances plutôt que les diversités autour d’un projet humain et social. Ce terrain d’entente autour de tous les gens, je l’ai trouvé dans la cuisine communautaire où les plats se partagent et on oublie les différences.

De part sa position géographique sur la côte orientale de la Méditerranée, le Liban est un véritable carrefour de cultures, de religions et de langues. D’un coté, se trouve la plaine côtière au climat réputée pour sa cuisine méditerranéenne. À l’est, à une altitude moyenne de 900 mètres, se découvre la plaine de la Bekaa et la ville antique, Baalbek au Nord où l’on consomme notamment du mouton de manière importante. Plus loin se dresse une chaîne de montagnes atteignant 3000 mètres d’altitude là où les paysans y travaillent une terre dure offrant des produits plus rustiques.


C’est face à ces nombreux héritages à la fois géographiques et gastronomiques que Kamal Mouzawaka décide alors de célébrer ces diversités en lançant de nombreuses initiatives dont le Souk el Tayeb. Ce marché bio, créé en 2004, met à l’honneur les producteurs venus de tout le pays pour vendre leurs meilleurs produits.

Trop souvent on rencontre sur les marchés des intermédiaires dont peu connaissent le producteur qui a fait grandir les produits qu’on trouve sur les étales. Avec ce marché, je veux redonner la parole aux paysans qui sont les seuls à pouvoir parler des fruits de leur labeur avec tant d’amour et de passion.

Cette idée est venue d’une reconnaissance pour le producteur et une valorisation de leur contribution à la vie économique et sociale du pays. Le consommateur, lui, prend conscience du travail qu’il a fallu pour produire la nourriture qu’il trouve sur les étales ou dans son assiette.


Le temps passe vite à écouter notre conteur de bonnes nouvelles et il est l’heure de passer à table pour se régaler de cette cuisine pleine de couleur et de messages d’espoir. Du rouge, du blanc, du vert, de l’orange, chaque plat cuisiné par Kamal nous plonge dans un océan de couleurs visuelles. Au moment de prendre la première bouchée, on ferme alors les yeux et un second voyage commence.

Le taboulé, que l’on fête tous les 1ers samedis de juillet, nous emmène dans un univers frais si bien raconté par Kamal. Recette traditionnelle oblige, on y retrouve du persil, de la menthe, des oignons, des tomates, le tout assaisonné de jus de citron, de sel et d’une mélasse de grenade aigre.

Le Frikeh, plat de résistance à base de boulghour, révèle toute la diversité de cette graine que l’on fait cuire encore verte dans le feu.

La salade de tomates et d’aubergines cuisinées à même la flamme est un vrai délice au goût boisé qui fond sous la bouche.

La puissance de la coriandre qui accompagne le choux fleur cuit au four dans son plus simple appareil est un hymne aux épices que le Liban nous offre tandis que le Labne (fromage blanc) et le Thoun (thym) que l’on mange avec du pain libanais se combinent parfaitement avec le reste des plats présentés.


Côté dessert, c’est toute la douceur si chère au peuple libanais qui vient envahir les papilles. On se régale avec un Merleh, une crème de riz à la cannelle et aux pistaches accompagnée de Mahmouls, les gâteaux aux dattes et pistaches.

Je ne sais pas si le monde est prêt à oublier d’un coup de fourchette toutes nos différences mais une chose est sure … Kamal m’a redonné espoir en ce jeudi de juillet. Merci pour ce joli rêve.

4 thoughts on “Kamal Mouzawak, dessine moi un rêve

  1. I met Kamal all too briefly during my recent culinary journey in Lebanon, but I did visit the farmers market he launched and also the restaurant, Tawlet. Kamal has been responsible for a renaissance of interest in regional, traditional produce and dishes and what he has achieved already is incredible. During our visit we went to meet some very special producers, and I believe that it was through Kamal that our tour organiser had first met these producers. You can read a post about my day visiting a za’atar producer on my blog, if it is of interest.
    Lebanon is an incredible country, full of a hugely warm and welcoming people, friendly, open, optimistic about the future, strong through adversity, I didn’t want to come home and was so tempted to change our flights to stay longer, I can’t tell you!
    Hope to get back soon!

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